Qu'est-ce qu'une nouvelle?

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Lorsque je donnais le cours d'Introduction au journalisme aux étudiants de 1e année à La Cité collégiale d'Ottawa, je leur demandais, en début d'année, s'ils pouvaient me définir "une nouvelle" - qu'est-ce qui constitue une véritable nouvelle et pourquoi devrait-elle être publiée ou diffusée ?  Aujourd'hui, je devrais leur demander s'ils pourraient distinguer une nouvelle, d'une fausse nouvelle. Déjà qu'ils avaient de la difficulté à répondre à ma première question.

En dix ans les choses ont bien changé en journalisme et peut-être pas toujours pour le mieux. C'est la fausse nouvelle qui fait la manchette aujourd'hui suivie d'une multitude de commentaires de chroniqueurs qui n'ont pas de compte à rendre même pas à leur auditoire tant en presse écrite, électronique qu'en ligne.  

En vérité il y a toujours eu des fausses nouvelles, des erreurs, des canulars, les exagérations des relationnistes ou encore de la désinformation comme en temps de grands conflits mondiaux par exemple. Mais aujourd'hui avec la prolifération des messages venant de partout mais surtout des réseaux sociaux et de l'Internet le phénomène de la fausse nouvelle a pris de l'ampleur. Le citoyen même le plus brillant a bien de difficulté à s'assurer de la véracité d'une information.  

Les moyens traditionnels pour débusquer les faussetés ou les erreurs intentionnelles comme les Conseils de presse, les Ombudsmans ou même les tribunaux n'ont plus d'emprise. Il faut d'autres moyens pour empêcher ce fléau de se répandre davantage. 

Certains pays comme l'Allemagne et le Royaume-Unis ont adopté des lois visant à sanctionner les entreprises de médias sociaux qui ne retirent pas les fausses nouvelles et les discours haineux de leurs plateformes. En Italie, on songe à imposer des amendes sévères aux entreprises qui sciemment diffusent des informations mensongères. La République tchèque et l'Ukraine ont créé des centres de luttes contre la désinformation. En Amérique du Nord, les gouvernements demandent aux entreprises de presse et aux professionnels de l'information (journalistes, patron de presse, professeurs, chercheurs) de s'occuper de ce sale dossier craignant d'enfreindre le droit fondamental à la liberté d'opinion, à la liberté de la presse.  

Bien sûr, il y a moyen de livrer le combat à la fausse nouvelle sur son terrain de prédilection c'est-à-dire sur l'Internet et les réseaux sociaux et ça se fait de plus en plus. 

Aux États-Unis, comme ailleurs, il existe des sites de vérification des faits. Le plus connu est sans doute POLITIFACT qui évalue les affirmations des élus, leaders de partis ou autres organisations qui interviennent sur la scène politique. Avec un président comme Donald Trump on ne doit pas manquer de matière. 

Pour sa part, le professeur Marc-André Gagnon de l'université Carleton d'Ottawa doute de l'efficacité des efforts de rectification des faits : "Quand on tire sur une information répandue pour montrer ensuite qu'elle est fausse, dans bien des cas, le lecteur ne dépasse pas le titre, et on ne fait que renforcer cette idée fausse en la répétant. (Sormany, Pierre, La science dit tout et son contraire : Vrai ou faux, 2017).  

Il est impossible de corriger tous les maux qu'entraîne la diffusion de fausses nouvelles avec le même remède. Mais si on s'inspire de ce qui se fait ailleurs, il y a sûrement un moyen de trouver une façon originale de combattre cette triste tendance au Nouveau-Brunswick. Parce qu'ici, comme ailleurs, malheureusement, le " fake news" a fait son apparition. Il est même difficile de différencier une fausse nouvelle d'une nouvelle légitime dans les médias traditionnels et reconnus de chez-nous (les journaux de la famille Irving, CBC/Radio-Canada, Acadie Nouvelle etc.). Voici un exemple. 

Lorsque le Leader d'un parti politique dit à l'extérieur de l'assemblée législative que "...la preuve est faite et tout le monde le sait. Les programmes d'immersion en français sont un échec total au N-B."  

On peut se demander s'il s'agit d'une vérité, d'un fait, ou d'une simple opinion pour engendrer un débat dans la société. Ce n'est qu'un exemple, parmi tant d'autres, mais qui va au coeur de la particularité du N.-.B, la seule province bilingue au pays. Il y a moyen de vérifier la véracité de cette déclaration pour le bien commun. C'est même essentiel de donner l'heure juste. Il en est de même pour toutes les informations "douteuses" provenant d'une personne en autorité. Les médias de qualité devrait faire une vérification comme on le fait si bien durant une campagne électorale, une espèce de chronique » Vérification faite". Une telle chronique réalisée par une équipe de journalistes chevronnés rétablira et éclairera le lecteur, auditeur ou téléspectateur et même les affamés du Web. Inutile de réaliser cette chronique pour toute information farfelue que l'on peut lire sur FaceBook et les autres réseaux sociaux. Une " niaiserie" reste une niaiserie - ça peut faire rire mais à quoi bon lui donner une deuxième ou troisième vie... 

 Pour contrer le dérapage rien de mieux que de retourner aux canons du journalisme : l'objectivité, l'équilibre, les sources crédibles et une variété des points de vue. C'est ce que j'ai voulu enseigner aux étudiants de 1e année inscrits au cours d'Introduction au journalisme. 

C'est encore ce qu'il faut faire aujourd'hui et les personnes curieuses devront toujours se retourner du côté des médias de qualité pour obtenir une information juste, impartiale et utile afin qu'elles puissent mieux accomplir leur rôle de citoyen responsable dans une société démocratique.